Episode 2 : Le fondateur, Georges Rayet (1839-1906)

Pour réaliser un projet d’observatoire, il faut un porteur efficace et perspicace afin de gérer les difficultés qui ne manqueront pas de s’interposer. Il s’en trouve un qui est tout à fait disposé en la personne de Georges Rayet, né à Bordeaux le 12 décembre 1839. Après avoir passé sa jeune enfance à Puy L’Évêque, Lot et Damazan, Lot et Garonne, puis sa jeunesse à Bordeaux, Rayet suit ses parents à Paris en 1853 et finit ses études secondaires au Lycée Bonaparte. En 1859 il est admis quatrième au concours d’entrée de l’École normale supérieure, dont il sort en 1862, également titulaire de l’agrégation de physique. D’abord affecté professeur de physique au lycée d’Orléans pendant une année, il est recruté comme physicien–adjoint à l’Observatoire de Paris par le directeur Urbain Le Verrier et affecté au service de météorologie et de prévision du temps nouvellement créé. Les soirées sont consacrées à effectuer des observations en astronomie physique par l’application de la spectroscopie aux comètes et aux étoiles, avec son collègue astronome Charles Wolf (1827-1918). Ils découvrent en 1866 un nouveau type d’étoiles qui seront dénommées étoiles de Wolf-Rayet. Fort de ce succès, G. Rayet obtient d’être envoyé en mission d’observation de l’éclipse du Soleil dans la presqu’île de Malacca, Malaisie en 1868. Ses observations lui permettent de soutenir une thèse sur les protubérances solaires et la constitution du soleil en 1871.

Portrait de Georges Rayet dans les années 1870. Collection Observatoire Aquitain des Sciences de l’Univers.

Les évènements de la guerre franco prussienne, de la chute de l’Empire et de la capitulation de Napoléon III, suivies de la Commune et de l’avènement de la IIIe République, surviennent entre 1870 et 1872, ainsi que la destitution d’Urbain Le Verrier de la direction de l’Observatoire de Paris et son remplacement par Charles Delaunay en 1870. Mais Delaunay se noie accidentellement en 1872 ; il est remplacé par Le Verrier qui reprend la direction de l’Observatoire, assisté d’un conseil dont Rayet nommé chef du service de météorologie, est aussi le secrétaire. Rayet se heurte à l’autorité de Le Verrier [1] qui le fait destituer par le ministère de l’Instruction publique en 1874 ; il est nommé professeur de physique au lycée de Montpellier.

Rayet refuse le poste car le directeur du nouvel observatoire de Marseille, Édouard Stephan, son ancien camarade de promotion, lui propose un poste de professeur d’astronomie à la faculté des Sciences de Marseille. G. Rayet prend le temps de s’occuper activement de la création d’un observatoire à Bordeaux. Au 25 janvier 1876, il est nommé chargé de cours de la Chaire d’Astronomie physique nouvellement créée à la faculté des Sciences de Bordeaux, puis titularisé professeur en mai suivant. En 1877, il est nommé assesseur du Doyen Gaston Lespiault et président de la Commission de météorologie de la Gironde.

Rayet se consacre alors essentiellement à la recherche du site le plus favorable pour installer l’observatoire. C’est finalement, le domaine de Monfraguey à Floirac, qui est choisi et acquis en décembre 1877. Enfin, la décision de création d’un observatoire à Bordeaux est prise par le décret de mars 1878 mais Georges Rayet attendra janvier 1879 pour en être nommé directeur. Il mesure alors la longitude et la latitude du site. Mais surtout il s’attache à définir les instruments d’observation qui équiperont le futur observatoire et à travailler avec les architectes qui doivent construire les bâtiments destinés à les abriter [2].

[1] J. Lequeux, Le Verrier, savant magnifique et détesté, 2009, Paris, EDP Sciences & l’Observatoire de Paris, 401 p.
[2] J. de La Noë, Georges Rayet : de la météorologie imposée à l’astronomie choisie, L’Astronomie, 2014, n° 69, p. 42-48.

Episode 1 : Les circonstances de la décision de fondation d’un observatoire astronomique

La fondation de l’observatoire astronomique de Bordeaux est le résultat d’une longue histoire marquée d’une part, par les évènements politiques de la France, d’autre part, par les souhaits de la ville de Bordeaux et de la faculté des Sciences de la ville de fonder un tel établissement. L’astronomie a toujours fasciné les hommes au cours des âges. À Bordeaux, l’Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres fait aménager une tour avec terrasse sur le toit de son hôtel, sur les allées de Tourny, mais ne dispose pas d’instruments d’observation faute de ressources suffisantes. Plusieurs personnalités scientifiques plaident pour la création d’un observatoire astronomique digne de ce nom à Bordeaux.

Il faut cependant attendre la chute du second Empire et l’avènement de la IIIe République, car l’analyse des causes de l’échec de la guerre franco prussienne conduit alors le Gouvernement à relancer et développer les universités en France et à y associer des observatoires. Le décret du 11 mars 1878 crée trois nouveaux observatoires astronomiques et météorologiques à Besançon, Bordeaux et Lyon [1]. Les motivations pour celui de Bordeaux sont de procurer l’heure exacte aux bordelais et aux navires en stationnement dans le port, de contribuer à la formation des étudiants de la faculté des Sciences en astronomie physique ainsi que vis-à-vis du public. Au terme de longues discussions, la ville contracte un emprunt de 6,6 millions de francs dont cent mille sont affectés à l’observatoire en 1876 [2].

Façade sud du bâtiment méridien construit par Georges Rayet en 1880. La partie centrale abrite la lunette méridienne dont le toit mobile est ouvert. Aux extrémités Est et Ouest se situent des pavillons pour les personnels astronomes et techniciens. Région Aquitaine, Inventaire général – M. Dubau,[2004].

[1] F. Le Guet Tully, L’astronomie institutionnelle en France avant les réformes des années 1870 : état des lieux et contexte politico-scientifique in La (re)fondation des observatoires astronomiques sous la IIIe République. Histoire contextuelle et perspectives actuelles, éd. par Jérôme de La Noë et Caroline Soubiran, Presses Universitaires de Bordeaux, Pessac, 2011, p. 19-114.

[2]L’auteur remercie la Revue Aquitaine Historique pour son autorisation de publication partielle parue dans Aquitaine Historique, 2014, n° 121, p. 2-8.